Vous avez été près de 800 à répondre au questionnaire que je vous ai proposé il y a deux semaines.
Je tiens particulièrement à vous remercier pour votre investissement !
Au vu des problématiques rencontrées actuellement concernant l’emploi dans notre secteur, il me semble utile que chacun de nous s’interroge et se remette en question.
D’autre part,
Le souci du bien-être équin est aussi un sujet sur lequel notre société se doit de réfléchir.
Ces deux raisons m’ont donc donné envie de connaitre votre point de vue, et propositions éventuelles pour faire évoluer notre métier.
Avec autant de réponses, vous comprendrez que je ne puisse pas en rester là.
De ce fait, j’ai contacté Equi-Ressource et demandé un rendez-vous avec la responsable de l’observatoire des métiers. Affaire à suivre donc pour cette première étape.
En attendant, je vous relate les résultats concernant les problématiques liés à l’emploi, et les points qui sont les plus ressortis.
Je rappelle que les personnes qui ont répondu à ce questionnaire sont :
– Des enseignants indépendants (25%)
– Des enseignants salariés (31%)
– Des enseignants en formation (11%)
– Des enseignants et dirigeants (28%)
– Des dirigeants de centre équestre (5%)
– Ainsi que des retraités (pardon de vous avoir oublié) et quelques personnes ayant quitté le métier.
Les résultats :
Vous êtes seulement 19% à vous sentir vraiment au top dans votre métier. 61% se sent plutôt bien, 19% assez peu épanoui et 5% pas épanoui.
Moins de la moitié souhaite en faire son métier jusqu’à la retraite, et seulement 27% pense avoir trouvé le juste équilibre dans sa vie perso / pro.
Ces résultats montrent que, bien qu’il ait été choisi par passion, ce métier ne satisfait pas pleinement tous ces acteurs.
A la question : qu’est-ce qui est le plus désagréable pour vous, vous constaterez via le graphique ci-joint, que le manque de rémunération arrive en tête, suivi par la mentalité du milieu, et pour compléter le podium, le manque de reconnaissance arrive en troisième position.
Pour les dirigeants, les principales difficultés rencontrées sont :
– Le manque d’implication, d’intérêt et de professionnalisme
– Le manque de compétences pédagogiques
– Le manque de compétences à cheval
– Le manque de polyvalence
– Pas de réponses aux offres d’emploi proposées
– Pas de moyens financiers pour recruter
– Difficultés à rémunérer à la juste valeur
– Clients de plus en plus exigeants
Beaucoup d’entre vous mettent en avant le coût des charges, notamment de la TVA, la MSA et FFE. Vous vous sentez peu soutenus par les instances. Certains préfèrent rester une petite structure pour ne pas avoir besoin d’embaucher. Vous demandez à limiter le nombre de structures. Vous regrettez l’absence d’aides pour les remplacements maternité, blessures et vacances et vous proposez qu’un système soit instauré comme pour les fermes agricoles. Le prix d’achat de la cavalerie et le manque de temps pour la travailler vous est pénible.
Vous trouvez que le niveau des enseignants en sortie de formation est déplorable, que les nouveaux diplômés ne se rendent pas compte de la réalité du terrain. Vous proposez de revoir entièrement le BPJEPS et vous êtes nombreux à dire que la formation devrait durer deux ans minimum.
Pour les indépendants, les principales difficultés sont :
– Prise de congé
– Trouver des clients et se faire connaitre
– Manque de rentabilité
– Grosses difficultés à faire accepter vos tarifs
– Prix du gasoil et essence
– Lourdeur de l’administratif
– Fidélité et régularité de la clientèle
– Manque d’infrastructure et de matériel chez les clients
– Les impayés
Le temps de trajet entre chaque client, le sentiment de solitude et le manque de solidarité entre professionnels vous pèse beaucoup. Mais c’est principalement la précarité financière qui est difficile.
Pour les enseignants salariés, les principales difficultés sont :
– Salaire peu élevé par rapport à toute la charge de travail et la polyvalence demandée
– Les horaires et leur grande amplitude
– Les heures supplémentaires conséquentes et non rémunérées
– Peu d’évolution possible
– Le manque de reconnaissance de la hiérarchie
– Problème de communication entre la direction et les collègues
– Solitude
– Valeurs personnelles pas en adéquation avec celles de la direction
– Attentes des parents de cavaliers pas en adéquation avec vos valeurs
– Peu de vie à côté du travail
Le manque de rémunération et l’absence de valeurs communes avec la direction et la clientèle ressortent beaucoup dans les réponses. Vous rencontrez des problèmes de communication (et reprochez le manque de formation des dirigeants en management). Vous regrettez les promesses non tenues par l’employeur. Vous êtes nombreux à vouloir continuer à vous former mais vous n’en n’avez pas la possibilité. On vous demande toujours plus mais rien en échange.
Vous aimeriez avoir plus de temps pour travailler la cavalerie, vous trouvez qu’au-delà de 8 cavaliers c’est difficile de faire des cours de qualité et que la cavalerie n’est pas toujours adaptée. Vous jugez la clientèle trop « consommatrice ».
Pour les élèves en formation, les principales difficultés sont :
– Sentiment d’être exploité
– Contenu pauvre de la formation
– Rythme entreprise formation fatiguant
– Peu de suivi des tuteurs en entreprise
– Solitude
– Non reconnaissance du travail
« Pris pour des larbins », « patrons qui usent et font tout faire et n’importe quoi », « maltraitance », « je suis dégouté », « je ne continuerai pas dans cette filière », « pas de jours de repos », « on nous critique sur notre niveau mais personne ne s’investit pour nous »… Les termes employés sont très forts et vous êtes très nombreux à être dégouté et préférez garder le cheval comme passion.
Voilà un résumé des réponses concernant les problématiques liées à l’emploi.
Un dernier point qui est beaucoup revenu et cité souvent par chaque partie concernant le label bien-être de la FFE. Vous trouvez qu’il est délivré à tout va à des structures qui ne respectent pas les besoins fondamentaux des équidés. Le terme « pseudo éthologue » a également souvent été écrit. Vous regrettez l’absence de différence entre éthologie scientifique et équitation éthologique.
En conclusion,
Il est temps de revoir le système de formation, le coût des charges, faire respecter les droits du travail et le bien-être de la cavalerie.
Je rappelle que je ne fais là que relayer les réponses au questionnaire. C’était important pour moi d’avoir l’avis de chaque partie et de les confronter.
Je rappelle aussi que je ne suis qu’une enseignante d’équitation qui a envie d’être fière de travailler dans cette filière et qui a envie de la voir perdurer, mais de façon plus éthique pour tous.
Nous nous retrouvons vendredi pour la deuxième partie.
Hélène
